En octobre 2007, une association française dénommée Arche de Zoé, tentait d’exfiltrer du Tchad vers la France, 103 enfants présentés comme orphelins du Darfour. Cette opération « complètement illégale » avait échoué et a failli créer une tension entre les présidents de l’époque, Nicolas Sarkozy de la France et Idriss Déby Itno du Tchad. Retour sur la chronologie des événements.
Le 25 octobre 2007, 17 Européens dont neuf Français (six membres de l’association et trois journalistes) sont arrêtés à Abéché, à l’est du Tchad. L’organisation dirigée par Eric Breteau, un sapeur-pompier, s’apprête à faire embarquer illégalement vers la France 103 enfants affublés de faux pansements afin de les confier à des familles d’accueil françaises. Ces enfants ont été présentés comme des orphelins du Darfour.
Mais les enquêtes humanitaires effectuées ont montré que la plupart de ces enfants étaient Tchadiens avec un adulte qu’ils identifient comme un parent. Le départ pour la France n’avait manifestement été annoncé à personne et allait se faire en catimini, jusqu’à l’arrestation du convoi par les autorités tchadiennes, au petit matin du 25 octobre 2007. Très vite, les Français sont inculpés pour « enlèvement de mineurs » et « escroquerie », les sept Espagnols de l’équipage pour « complicité ». Ils sont incarcérés à N’Djamena.
Progressivement, les investigations démontrent que les 103 enfants étaient en réalité pour la plupart Tchadiens et que la quasi-totalité d’entre eux n’étaient pas orphelins, contrairement à ce que l’association affirmait. Quelques mois plus tard, les enfants retournent dans leurs foyers.
Cette affaire a semé le trouble entre la France et le Tchad. Le président tchadien de l’époque, Idriss Deby a haussé le ton très vite, affirmant que les enfants rassemblés par l’association française étaient destinés à des réseaux pédophiles et de trafic d’organes. « Est-ce que c’est pour les vendre ou les tuer et enlever leurs organes ? », se demande-t-il. Mais Nicolas Sarkozy a surenchéri, assurant qu’il irait chercher les Français au Tchad « quoi qu’ils aient fait ».
En novembre 2007, les journalistes et les Espagnols de la petite équipée sont libérés. Le 26 décembre 2007, la cour criminelle de N’Djamena a condamné les six Français de l’Arche de Zoé à huit ans de prison assortis de travaux forcés pour « tentative d’enlèvement ». Tous doivent aussi verser « solidairement » aux familles des enfants 6,3 millions d’euros de dommages et intérêts. Deux jours plus tard, ils sont rapatriés en France et incarcérés.
Mais Paris souhaite l’extradition des six Français. Au même moment, les déclarations de Nicolas Sarkozy, « J’irai chercher ceux qui restent, quoi qu’ils aient fait […]. Le rôle du Président est de prendre en charge tous les Français » passent très mal sur place. « La justice se fera au Tchad », a rétorqué le président Idriss Déby.
En 2008, alors qu’ils étaient rapatriés en France, la justice française prononce une peine de substitution de huit ans de prison contre les membres de l’Arche de Zoé, les travaux forcés n’existant plus dans l’Hexagone. Mais le 31 mars, les six Français sont libérés des différents établissements pénitentiaires, après la grâce du président tchadien. Le gouvernement français, par la voix de François Fillon, affirme qu’il ne paiera pas les 6,3 millions d’euros de dommages et intérêts.