Avec l’envoi d’une délégation américaine à Niamey pour discuter des modalités de retrait des troupes du sol nigérien, une exigence du régime militaire arrivé au pouvoir en juillet, les États-Unis s’apprêtent à abandonner une position stratégique au Sahel, où la Russie et l’Iran gagnent du terrain.
Les autorités nigériennes avaient dénoncé en mars l’accord de coopération militaire en vigueur avec les États-Unis, estimant que la présence des soldats américains, déployés dans le cadre de la lutte antijihadiste, était désormais « illégale ».
La base aérienne 201, située en périphérie d’Agadez dans le nord du Niger, permettait depuis 2019 aux drones et aéronefs américains de mener des missions de surveillance dans une vaste région aux frontières poreuses où prolifèrent les groupes armés notamment jihadistes ainsi que les trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains. Les drones Reaper en service dans l’armée américaine pouvaient ainsi survoler le territoire du Niger jusqu’aux confins de la Libye, du Tchad, du Nigeria, et du Mali, des pays qui disposent de capacités de surveillance aérienne limitées.
Les militaires au pouvoir à Niamey ont exigé le départ des forces américaines après que des responsables de Washington ont exprimé leur préoccupation concernant « les relations potentielles du Niger avec la Russie et l’Iran ». Après le Mali et le Burkina Faso, le Niger est le troisième pays du Sahel à connaître un coup d’État et à rompre ses partenariats avec des pays occidentaux, pour se tourner vers la Russie.
Le sort des réserves d’uranium du Niger, 7ᵉ pays producteur mondial, inquiète les officiels américains. L’Iran a fortement augmenté ces derniers mois son stock d’uranium enrichi, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et multiplie les signes de rapprochement avec les autorités nigériennes depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
Lutte antijihadiste
Les militaires étaient principalement déployés au Niger ainsi qu’au Tchad voisin dans le cadre de la lutte anti-jihadiste, mais toute coopération militaire avait été suspendue au Niger dans la foulée du coup d’État. Des forces spéciales américaines intervenaient discrètement aux côtés de l’armée nigérienne contre les groupes jihadistes avant le coup d’État de juillet.
Le 4 octobre 2017, quatre soldats américains et cinq militaires nigériens avaient été tués dans une embuscade du groupe État islamique (EI) à Tongo Tongo, un village de la région de Tillabéri dans la zone des « trois frontières », et à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Mali. Les drones américains appuyaient également l’armée nigérienne contre les groupes jihadistes de Boko Haram et Iswap dans le sud-est proche du Nigeria.
Les États-Unis menaient également des opérations de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, qui avaient repris en septembre 2023, mais uniquement à des fins de « protection des forces » américaines, selon le Département de la Défense (DOD).