Jarres d’eau à N’Djamena : entre tradition de partage et risques sanitaires

Dans les rues des quartiers de N’Djamena, des jarres d’eau sont placées pour permettre aux passants de s’hydrater gratuitement. Bien qu’elles incarnent un symbole de solidarité et de tradition, leur consommation n’est pas sans risques pour la santé publique.

À l’ombre d’un arbre ou à l’angle d’une rue poussiéreuse, une jarre d’eau, prête à apaiser la soif des passants. Ce geste, enraciné dans les valeurs de partage et de piété, pourrait pourtant avoir des conséquences néfastes sur la santé des habitants de la capitale.

Au quartier Paris-Congo, sous un grand arbre, on aperçoit six jarres disposées côte à côte, recouvertes de petits plateaux, accompagnées de gobelets usés et poussiéreux. Ces jarres ne sont protégées ni par des tissus ni par des couvercles appropriés. Hommes, vieillards, enfants de la rue, personnes atteintes de troubles mentaux et passants assoiffés s’y arrêtent pour boire. Le même gobelet est utilisé par tous, exposant ainsi les consommateurs à des risques sanitaires majeurs.

« Il se pose un sérieux problème d’hygiène. Ces récipients sont rarement couverts, laissant l’eau à la merci de la poussière, des insectes, voire même de déchets jetés par inadvertance », témoigne Vincent, un habitant du quartier.

Le nutritionniste Dounmbaye Datoloum Victoire alerte sur le fait que l’usage non contrôlé de ces jarres favorise la transmission de maladies hydriques telles que la diarrhée, la typhoïde ou encore le choléra, des affections encore très préoccupantes dans la région. « Lorsque l’eau n’est pas protégée, elle devient un vecteur de maladies. Et l’usage du même gobelet par plusieurs personnes peut entraîner la transmission de pathologies comme l’hépatite ou d’autres infections », explique-t-il.

Si ces jarres témoignent d’un héritage de générosité, elles invitent aujourd’hui à une réflexion collective sur la nécessité de protéger la santé des consommateurs. Offrir de l’eau reste un acte noble, mais garantir sa pureté est un devoir de santé publique.

Marie-Claire Tari Koumninga

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