Les « serfs navigants sur l’eau » appelés pirogues, vus par certains uniquement sur le Chari et le Logone, se font connaître dans la capitale. De Goudji Charafa à Toukra, en passant par Diguel, Amriguébé, Ndjari, Habena, Boutalbagara et Walia, la capitale est envahie par les eaux stagnantes verdâtres sur lesquelles naviguent des pirogues.
La pirogue est désormais un moyen de transport nécessaire à N’Djamena. En effet, tout porte à croire que les eaux pluviales ne peuvent pas être drainées, ni par la commune et le Gouvernement, ni par les populations. Les premiers sont eux-mêmes dans l’eau, à l’exemple du Ministère de la Femme et celui de l’Aménagement du territoire. Quant aux citoyens, impuissants, ils se tournent vers les pirogues, nouvelles montures citadines, bien que la capitale tchadienne soit sur les bordures du Chari et du Logone. Elles doivent partir d’elles-mêmes dans quelques mois et tout le monde semble attendre ce moment.
« Notre concession est derrière les eaux que vous voyez là. Nous devons contourner par la route de la commune du 10ᵉ arrondissement qui est aussi en mauvais état ou passer via ces pirogues. On préfère ici », déclare Adam Mbodou de son retour du marché de Diguel. Pour lui, la pirogue n’a pas de risques d’accident, surtout que les eaux ne font pas un mètre de profondeur. S’il l’emprunte, ajoute-t-il, c’est parce qu’il est très difficile de traverser les eaux à cause de leur saleté et des risques de glissage.
« Notre quotidien est dorénavant bien chamboulé. Je demande à mon mari de déménager, mais il déclare ne pas avoir les moyens de loyer. Nous sommes encerclés par les eaux et les enfants souffrent déjà beaucoup, car toutes nos chambres, malgré la fondation et le feu de chauffage, demeure humide », regrette une jeune femme qui utilise la pirogue pour ses aller-retour vers le marché.
Contrairement à Goudji Charafa, Gozator, Fondoré et Ndjari qui ont récemment commencé à faire appel aux piroguiers, un mois plus tôt, Boutalbagara avait déjà ses pirogues sur la grande voie. Et cela suscite un nombre important de questions brûlantes sur l’urbanisation de la plus grande ville du Tchad et capitale politique. Mais n’ayant aucune entreprise des produits de construction, le Tchad arrivera-t-il à bâtir des villes solides ?