Dans une atmosphère de cris et de détresse, l’entrée sur le territoire tchadien des produits transportés par de jeunes femmes, hommes, adolescents et même enfants s’accompagne d’un paiement curieux de « taxes douanières ». En effet, les discussions, négociations et altercations tournent souvent autour de pièces de 100, 200 ou 500 francs, échangées avec une dizaine d’agents de la douane, présents quotidiennement sur le pont.
Un jeune homme, visiblement surchargé de marchandises, traverse le pont avec plusieurs sachets contenant des bouteilles de boissons non alcoolisées. Comme par accord tacite, il distribue spontanément des pièces de 100 francs aux douaniers. Deux pièces pour trois agents qui lui barrent le passage. « Hallouna ni dabbourou », lance-t-il, ce qui signifie « Laissez-nous nous débrouiller ».
Un commerçant témoigne : « Si les agents me laissent passer après ce paiement, ceux qui ont une Toyota m’attendent de l’autre côté. Mais eux, ils scrutent minutieusement les produits avant de fixer le montant de la taxe douanière. C’est pourquoi je paie des adolescents pour transporter la marchandise en petits lots et éviter de payer une seconde taxe. Je nourris ma famille avec ce commerce, et si je devais payer les sommes exorbitantes qu’ils exigent, je perdrais tout. »
Pendant ce temps, une jeune femme transportant trois colis de pagnes traverse le pont. Suivie par deux jeunes garçons, elle se dirige vers un agent de la douane assis sous un parapluie. L’agent l’accueille discrètement et l’éloigne du groupe de neuf autres douaniers. « Ça ne vous regarde pas », rétorque-t-il sèchement à ceux qui observent la scène, avant d’ajouter : « C’est ma personne et ça se règle avec moi. »
La commerçante explique : « Cet agent me facilite la tâche. Il vaut mieux négocier avec une seule personne que de distribuer des jetons à tout le monde et finir bloquée par la voiture qui barre la route plus loin. Je fais ça pour gagner du temps et éviter les problèmes. Mais attention, ce n’est pas de la corruption ! Nous espérons juste que l’État supprimera les taxes douanières pour les commerçants ambulants comme nous. »
Sur cette route frontalière, il est important de souligner que les taxes perçues sur les produits transportés à pied ne sont pas reversées dans les caisses de l’État. Chaque douanier remplit ses propres poches, profitant de l’absence totale de contrôle.