Par une communication faite le 27 février 2024, le président de l’ANGE (Agence nationale de gestion des élections), Ahmed Bartchiret a annoncé le chronogramme électoral. Les élections présidentielles sont fixées pour le 6 mai alors que le processus commence en mars 2024. Au vu des réalités, ce chronogramme est peu réaliste et risque d’être entaché d’irrégularités.
Les raisons évoquées par le numéro 1 de l’ANGE est la saison de pluies qui pourrait compromettre l’aspect logistique de l’organisation de l’élection, d’où cette décision finalement d’annoncer le premier tour au 6 mai. Mais cet argument est loin d’être convaincant.
Selon Dr Yamingué Betinbaye, analyse politique, « les premières activités sérieuses du processus électoral commencent alors que l’ANGE n’aura pas fini de se déployer », du moins c’est ce qu’a avoué Bartchiret clairement lors de sa sortie médiatique. Car les différents démembrements provinciaux et départementaux de son institution ne sont pas encore mis en place et que cela se fera graduellement et même en commençant par les membres permanents au niveau des provinces.

Au vu de la déclaration de Bartchiret, le processus électoral va démarrer alors que l’institution en charge de sa gestion ne serait pas formellement assise. « Les candidatures devraient être déjà envoyées suivant ce chronogramme entre le 6 et le 15 mars et là, c’est juste deux semaines et donc cela ressemble véritablement à une course de vitesse », estime l’analyste politique, Dr Yamingué Betinbaye. Vu le calendrier, les autres étapes du processus électoral s’enchaînent d’une façon mécanique sans une petite marge. Si déjà un obstacle se dressait à un moment donné de la mise en œuvre du processus électoral, « cela ferait un effet domino qui déstabiliserait l’ensemble du processus ».
Les moyens financiers sont-ils disponibles ?
Alors que le premier tour de l’élection présidentielle est prévu pour le 06 mai, c’est en ce moment que le premier ministre de transition, Succès Masra se rend aux États-Unis et en Europe pour mobiliser des ressources en vue de l’organisation des dernières étapes de la transition, notamment les élections censées consacrer le retour définitif à l’ordre constitutionnel. En même temps, le président de l’ANGE exhorte les partenaires à apporter leurs contributions. « Si les moyens ne sont pas disponibles et que le Tchad est encore en train de les chercher et qu’on annonce un tel chronogramme, c’est véritablement un chronogramme peu pertinent », souligne Yamingué Betinbaye.
Si l’agence en charge de l’organisation des élections évoque la saison de pluies qui pourrait perturber le processus, d’où l’annonce « précipitée » du chronogramme, cet argument est peu convaincant. Il est à craindre aussi que le Ramadan qui commence du 11 mars au 10 avril freine la mise en œuvre de ce processus en ce qui concerne la mobilisation de la population parce qu’une grande partie observera ce mois saint.
Sans nul doute, ces facteurs sus évoqués peuvent amener à hypothéquer le respect du chronogramme établi.