L’armée du Burkina Faso, a « réquisitionné » au moins cinq magistrats pour participer à des opérations de lutte antijihadiste, a annoncé l’intersyndicale des magistrats qui dénonce un acte d’« humiliation et d’intimidation ».
Lundi, cinq magistrats ont « reçu individuellement des appels téléphoniques » les informant que « chacun est réquisitionné pour les opérations de sécurisation du territoire national pendant la période du 14 août au 13 novembre, avec possibilité de renouvellement », a écrit l’intersyndicale dans un communiqué transmis vendredi, 16 août 2024 à l’AFP.
Il s’agit de trois procureurs à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Boromo (ouest), d’un substitut du procureur de Bobo-Dioulasso et du doyen des juges d’instruction du tribunal de Ziniaré (centre). L’intersyndicale ajoute que le procureur de Gaoua (sud-ouest) et un substitut d’un procureur de la capitale seraient également sur la liste des « réquisitionnés » mais n’auraient pas été appelés.
Ces sept magistrats sont censés se rendre à la garnison de Kaya (centre-nord) pour y être enrôlés. Leur présence dans cette base militaire n’a pas été confirmée et l’intersyndicale dit ne pas savoir où ils se trouvent actuellement. Elle estime que « les réquisitions de ces magistrats ont un lien intrinsèque avec des dossiers judiciaires impliquant des soutiens du pouvoir ». « Ces réquisitions ne sont ni plus ni moins que des actes d’humiliation et d’intimidation des magistrats dans l’exercice de leurs fonctions », juge l’intersyndicale, qui regroupe les trois principaux syndicats de magistrats du pays.
Selon une ordonnance du tribunal administratif de Bobo-Dioulasso du 13 août, les « ordres de réquisition » du procureur et de son substitut de la capitale burkinabé ont été considérés comme « illégaux ». Le tribunal a condamné l’État à payer un million de francs CFA (1524 euros) aux personnes concernées.